LA CITÉ DISPARUE DE L’ATLANTIDE

Atlantide la cité egloutie

Le mythe de l’Atlantide, parvenu jusqu’à nous grâce aux œuvres de Platon, a tout d’une fable : les Atlantes, peuple valeureux et prospère, seraient devenus corrompus, querelleurs et avides, s’attirant les foudres des dieux. L’histoire a pourtant alimenté les spéculations les plus diverses.

Dans son dialogue le Timée, Platon évoque en 358 av. J-C. une histoire qu’il dit avoir apprise de prêtres égyptiens : « En ce temps-là, on pouvait traverser cette mer Atlantique. Elle avait une île, devant ce passage que vous appelez, dites-vous, les colonnes d’Hercules. Cette île était plus grande que la Libye et l’Asie réunies. […] Or, dans cette île Atlantide, des rois avaient formé un empire grand et merveilleux. » Platon précise dans ses dialogues « le fait qu’il ne s’agit pas d’une fiction, mais d’une histoire véritable et d’un intérêt capital », car la cité des Atlantes aurait été combattue par une coalition de Grecs menés par Athènes : « Dans l’espace d’un seul jour et d’une nuit terribles, toute votre armée athénienne fut engloutie d’un seul coup sous la terre et, de même, l’île Atlantide s’abîma dans la mer et disparut. Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, cet océan de là-bas est difficile et inexplorable, par l’obstacle des fonds vaseux et très bas que l’île, en s’engloutissant, a déposés. » L’événement tel qu’il est évoqué par le philosophe est antérieur de 9 000 ans à son époque, ce qui le situe autour de 9 600 av. J.-C. Dans un second ouvrage, le Critias, Platon décrit une île riche divisée en dix royaumes gouvernés par les descendants d’Atlas, fils de Poséidon, et de ses neuf frères. L’Atlantide aurait connu une forte expansion, conquérant par la force l’Afrique méditerranéenne et le littoral européen jusqu’à l’Italie, se heurtant ainsi à l’impérialisme athénien. Par la suite, des auteurs grecs, dont Hérodote, Thucydide, Diodore de Sicile, ont repris le récit à leur compte. Deux postulats ont depuis guidé les recherches : l’un estime qu’il s’agit d’une fiction, d’un récit métaphorique sans fondement ; l’autre considère que le texte se réfère à des faits réels déformés par les usages littéraires grecs.

À LA RECHERCHE DE LA CITÉ ENGLOUTIE

Depuis la Renaissance, les auteurs modernes n’ont eu pour préoccupation que de localiser l’Atlantide sans s’interroger sur la véracité de récit de Platon. Au XVIIe siècle, Olof Rudbeck, dans la droite ligne du patriotisme hyperboréen, la localise en Suède. Plus tard, pendant le siècle des Lumières, l’astronome français Bailly la place au Spitzberg, archipel de la mer Arctique. Son contemporain, le théosophe Fabre d’Olivet, l’imagine en Amérique. À la fin du XIXe siècle, l’ouest immédiat des « colonnes d’Hercule », c’est-à-dire du détroit de Gibraltar, recueille toutes les faveurs des savants. Pour les besoins de son roman Vingt mille lieues sous les mers, Jules Verne établit l’Atlantide sur une terre aujourd’hui immergée dont seuls les Açores et le Cap-Vert sont encore visibles. Au XXe siècle, elle est signalée au large du Portugal, près du Maroc, dans le golfe de Gascogne, en Amérique du Nord, en Amérique centrale, dans l’océan Indien… Outre les paysages décrits par Platon, l’abondance d’un métal inconnu, l’ « orichalque », a constitué une base de recherches bien mince. Dans l’Antiquité, les minerais les plus fournis se situaient en Sardaigne, dans le sud de l’Espagne, dans les îles Sorlingues et en Grande-Bretagne ; mais l’archéologie n’a démontré aucune correspondance avec de quelconques vestiges. Certains auteurs ont avancé – sans toutefois en apporter la preuve – l’installation des Phéniciens sur le continent américain et dans les Caraïbes. D’autres ont jugé possible un déplacement de l’écorce terrestre (théorie de Hapgood) vers l’Antarctique, lieu probable des ruines de la civilisation atlante. Aucune des localisations proposées par les partisans d’une Atlantide réelle ne correspond, ni en lieu ni en date, aux propos des prêtres égyptiens rapportés à Platon.

UNE FICTION POLITIQUE POUR LES ATHÉNIENS

L’érudit italien Giuseppe Bartoli est le premier, en 1779, à contester l’existence de l’Atlantide. Il fait justement remarquer que Platon n’est ni un historien ni un géologue mais bien un philosophe et qu’il faut considérer son œuvre en conséquence. L’intention de l’auteur du Timée et du Critias aurait été de mettre en scène une République idéale, une sorte d’Athènes lointaine et vertueuse opposée à un envahisseur atlantique décadent et hégémonique. Cet ennemi, la cité de l’Atlantide, ne serait qu’une allégorie offrant un cadre chronologique et un lieu aux idées formulées dans La République, une œuvre antérieure du philosophe. Par ce récit, Platon aurait voulu donner une leçon de civisme et de bonne conduite à ses concitoyens et les mettre en garde contre les risques de décadence et de corruption liés à leur indiscipline, à leur mercantilisme excessif, aux querelles et à l’esprit démagogue de leurs mœurs politiques. Pour rendre sa démarche plus crédible et ses avertissements plus frappants, il avait besoin de créer un contexte narratif très imagé. Dans sa description des paysages atlantes, il se serait ainsi inspiré de la Sicile, une région qu’il a fréquentée. Cette version a été soutenue par l’historien Pierre Vidal-Naquet, qui voit en Platon un coutumier de ce genre de procédés consistant à « dire le fictif en le présentant comme le réel ». La référence aux Atlantes ne figure dans aucun texte avant le sien, ce qui tend à confirmer qu’il a lui-même crée cette histoire de toutes pièces. Le mythe de l’Atlantide serait-il une invention moderne ? La meilleure preuve en serait son cheminement au cours de l’histoire : les lecteurs n’ont pris l’histoire de la cité engloutie au sérieux qu’à partir de l’époque moderne, alors que personne ne s’en était soucié pendant l’Antiquité et le Moyen Âge.

L’HYPOTHÈSE DE SANTORIN ET LE MYTHE D’AVALON

Pour certains historiens et scientifiques, le récit du philosophe est en partie vrai. C’est l’avis de l’archéologue grec Spyridon Marinatos, qui entrevoit des similitudes entre l’engloutissement de l’Atlantide et l’effondrement de la civilisation minoenne (Crète) après l’éruption de Santorin, une île proche de la Crète. L’Atlantide est décrite comme une puissance maritime dont l’influence s’étendait jusqu’en Tyrrhénie (Italie occidentale) et en Égypte. Ses ports sont fréquentés par des matières premières et en biens de toutes sortes. La thalassocratie crétoise du légendaire roi Minos est la seule à correspondre à cette description dans l’histoire du monde grec : elle a dominé la mer Égée à partir de 2 700 av. J.-C. avant de connaître un déclin brutal au XVIIe siècle av. J.-C. Entre 1627 et 1600 av. J-C., l’île de Santorin, proche de la Crète, est victime d’une violente éruption volcanique. Le phénomène aurait produit un énorme raz de marée, d’une hauteur de vague estimée à 50 m, qui aurait dévasté la côte septentrionale de la Crète. Cette histoire, transmise oralement par les prêtres égyptiens, a pu arriver aux oreilles de Platon un millénaire plus tard. Cependant, ni le lieu ni la date ne correspondent à son récit. Une autre piste mène dans l’océan Atlantique, où les phénomènes géologiques de transgressions marines et la fonte de la calotte polaire ont changé la topologie des fonds de l’océan Atlantique à la fin de l’ère glaciaire. Le plateau du Rockall, au nord-ouest de l’Irlande, aujourd’hui immergé, correspondrait à la description faite par Platon de la plaine rectangulaire de 600 km par 400 km. Ce lieu n’est présent que dans la tradition grecque antique et est largement évoqué dans la tradition celtique et la légende arthurienne sous les traits de l’île mythique d’Avalon.

L’ÎLE DISPARUE DU CAP SPARTEL

Le cap Spartel, théorie actuelle de la localisation possible de l'Atlantide

Faute de pouvoir localiser précisément le site, le géologue tchèque Kukal a conclu, au terme d’un inventaire sérieux des données existantes, qu’aucune terre engloutie n’était habitable entre 10 000 et 600 avant notre ère en dehors de la zone de Madère, des Canaries et des Açores. Cependant, tout indique que ces archipels n’ont été découverts qu’au moment de l’expansion romaine du Ier siècle avant notre ère. De plus, ces îles volcaniques aux flancs abrupts sont étroites et peu hospitalières. Reste la zone de Gibraltar, ces « colonnes d’Hercules » qui, bien que clairement nommées dans les textes antiques, ont été jusqu’alors délaissées en l’absence de données archéologiques et géologiques tangibles. Les dernières études réalisées sur l’histoire géologique du détroit donnent du crédit à l’histoire de Platon ; les préhistoriens portent un intérêt nouveau aux sites immergés des côtes marocaines et ibériques et aux rapports géophysiques, encore mal connus, entre les deux continents au paléolithique supérieur. Il apparaît que la passe entre les Méditerranée et l’Atlantique était alors rétrécie par rapport au détroit actuel. Les terres habitables se prolongeaient vers l’ouest sur les plateaux émergés des deux continents, et un nombre important d’îles étaient émergées. Aujourd’hui, la meilleure candidate au titre d’Atlantide est l’île disparue du cap Spartel, située à moins de 10 km des côtes espagnoles, et qui faisait partie d’un archipel complété de deux îlots. Abritée de la house de l’océan, elle était occupée par une population paléolithique dont la présence est abondamment attestée sur les littoraux marocains, espagnols et portugais, et qui fut submergée par la fonte des glaces à la fin de l’ère glaciaire. Il s’agit à l’heure actuelle de la seule piste réaliste rattachant l’Atlantide à une possible vérité scientifique.

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