L’ÎLE DE PÂQUES

Ile de Paques

L’île de Pâques, ou Rapa Nui en langage pascuan, est le point le plus isolé du globe. Possession chilienne, cette terre volcanique perdue au milieu de l’immensité du Pacifique est semblable à bien d’autres. Elle jouit pourtant d’une renommée mondiale en raison des nombreux mystères qui l’entourent.

L’île de Pâques est située à 2 000 km de la première terre habitée (l’île Pitcairn) et à des milliers de kilomètres de la côte d’Amérique du Sud. Pendant des millénaires, le monde ignore l’existence de cette île isolée en plein milieu du Pacifique. En 1687, un flibustier anglais, Edward David, aperçoit une île sablonneuse inconnue alors qu’il contourne les îles Galapagos en direction du cap Horn. Le premier Européen ayant posé le pied sur son sol – le jour de Pâques 1722 – est l’amiral hollandais Jakob Roggeveen, parti à la recherche de la « Terra Australis » sous mandat de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales. Il y fait une découverte surprenante : l’île est habitée d’une communauté socialement organisée, mais, surtout, d’impressionnantes statues sont dressées sur ses contours – pour la plupart encore debout. Cinquante ans plus tard, les marins espagnols de Felipe Gonzalez de Haedo prennent possession de l’île, qu’ils nomment « San Carlos » en 1770. L’explorateur anglais James Cook en 1774 puis le compte de La Pérouse, sur la route de son tour du monde en 1786, y font escale pour admirer les « moaï », ces gigantesques dieux de pierre regroupés en sites cérémoniels, les « ahu ». Les Occidentaux prennent peu à peu la mesure du patrimoine remarquable de l’île, concentré sur plusieurs sites : Rano Raraku, principale carrière de moaï située dans un cratère volcanique, où ont été façonnés près de 90 % des 887 moaï comptabilisés sur l’île – 397 d’entre eux sont toujours sur place ; l’ahu Nau Nau d’Anakena, le plus connu, restauré dans les années 1980 par les archéologues pascuans ; l’ahu de Tongariki, le plus grand de tous, compte 15 statues de la meilleure facture ; enfin, Tahai, un complexe cérémoniel surplombant la mer à l’ouest de l’île, devenu célèbre pour ses couchers de soleil spectaculaires.

LES GARDIENS DE LA TERRE

Les moaï sont les représentations d’ancêtres illustres, nobles ou souverains, chargés de veiller sur leur clan après leur mort et de protéger leur peuple contre le monde extérieur. La plupart des statues sont érigées sur le littoral. Leur regard est orienté vers la terre, tournant ainsi le dos à la mer. Les méthodes de datation appliquées au charbon d’os retrouvé sur les ahu ont permis d’évaluer que les premiers ahu sans statues datent de l’an 1100 environ et que les derniers moaï ont été édifiés vers 1600. Les plus anciens monolithes sont de taille humaine ; puis, ils prennent une stature plus imposante. Le plus grand moaï, retrouvé couché dans la carrière de Rano Raraku, mesure 21,6 m. Il est difficile de savoir si cette pièce était faite pour être érigée. Le plus grand moaï jamais dressé est le Te Paro, que l’on trouve sur l’Ahu Te Pito Kura : il mesure 9,8 m sans son « pukao » (voir plus bas) pour un poids de 74 tonnes. Le plus petit, situé près du volcan Poike, mesure 1,13 m. Le plus lourd, présent à Tongariki, pèse près de 88 tonnes. Certains d’entre eux portent une sorte de coiffe imposante pesant plusieurs tonnes, le « pukao », fait de tuf rouge extrait et travaillé dans la carrière de Puna Pau, au sud de l’île. Après édification, le moaï était vraisemblablement paré de ses orbites. Ainsi, en 1979, deux scientifiques, Sonia Haoa et Sergio Rapu, ont découvert au pied d’un ahu un œil complet de moaï, constitué d’un demi-globe en corail blanc et d’un iris en tuf volcanique rouge. Dans le courant du XVIIIe siècle, l’artisanat statuaire décline. Seuls des moaï de petite taille, très rustiques, sont encore produits pendant quelques décennies, avant qu’un culte nouveau, célébré par des « pétroglyphes » - reliefs gravés dans la pierre -, ne s’impose : celui de l’ « homme-dauphin ».

LES ORIGINES DU PEUPLEMENT

La fascination des Occidentaux pour l’île de Pâques tient aux innombrables mystères qu’elle renferme. Le premier concerne le transport et l’édification des monolithes : la distance séparant les carrières des emplacements des statues rend les historiens perplexes. Un essai grandeur nature réalisé sous le patronage de l’archéologue Thor Heyerdahl a permis de démontrer qu’une équipe de 50 à 70 personnes était capable de tracter le traîneau sur des rondins de bois, déplaçant un moaï de près de 12 tonnes sur une distance de 14 km en moins d’une semaine. Se référant aux histoires traditionnelles évoquant des « statues qui marchent », les chercheurs ont démontré que les moaï pouvaient être transportés verticalement à l’aide de cordes stabilisatrices. L’hypothèse d’un parcours par voie de mer n’a pour l’heure fait l’objet d’aucune expérimentation. L’autre mystère qui interpelle les premiers explorateurs tient à l’origine des Pascuans. En 1947, l’expérience du Kon Tiki, menée par Heyerdahl, permet de relier le Pérou à l’archipel des Tuamotu et prouve la possibilité d’une telle traversée en radeau, remettant en cause l’hypothèse d’un peuplement exclusivement polynésien. Depuis, les analyses ADN des populations actuelles ont révélé leur ascendance polynésienne, marquisienne, probablement mangarévienne (de l’actuel archipel de Gambier) et amérindienne, mais pas seulement… Des résultats révèlent que certains Pascuans sont porteurs d’un gène singulier, caractéristique des populations basques. Ce nouvel élément a débouché sur une hypothèse originale : en 1526, la caravelle San Lesmes, faisant partie de l’expédition de Magellan, aurait perdu le reste de l’escadre au cours d’une tempête. Il est permis de penser que les marins du San Lesmes, dont certains étaient d’origine basque, aient accosté sur l’île de Pâques et s’y soient installés, laissant à leur descendance un marqueur génétique.

L’HÉRITAGE ANTIQUE SUD-AMÉRICAIN

Les liens avec les civilisations sud-américaines concentrent l’essentiel du débat historique. Les statues de pierre de l’île semblent avoir été inspirées par les monolithes de l’ancienne Tiahuanaco, en Bolivie, et de San Agustin, en Colombie. Les murs de pierre de l’ahu Vinapu, dans le sud de l’île, présenteraient quant à eux des similitudes avec les grands murs de Cuzco, capitale des Incas, et avec les tours funéraires dites « chullpas » du plateau andin. Les mystérieuses statuettes de bois « Moko » ressemblent au cuy, une race de cochon d’Inde typiquement andine. La présence incaïque serait consécutive à l’expédition maritime de l’empereur inca Tupac Yupanqui, au XVe siècle. Heyerdahl suppose un peuplement en deux temps. Les « courtes oreilles » (« Hanau Momoko » selon la tradition orale pascuane) seraient venus de Polynésie au VIe siècle. Les « longues oreilles » (« Hanau Eepe »), d’origine américaine, s’installent plus tard sur l’île. Selon la légende, ces derniers érigent les moaï et ahu et asservissent les « courtes oreilles ». Une révolte sanguinaire aurait mis fin à leur domination et interrompu pour toujours la construction des statues. Mais un mystère plus grand encore recouvre la pièce centrale de la culture pascuane : le « rongorongo », une écriture hiéroglyphique non déchiffrée à ce jour, découverte en 1770 par les Espagnols. Ces séries de symboles complexes gravés sur des tablettes de bois sont très proches des hymnes généalogiques polynésiens. La tablette dite « Mamari » contient en outre deux lignes qui pourraient correspondre à un calendrier lunaire de style maori. Le mystère persiste sur la signification des symboles malgré les moyens informatiques mis en œuvre pour procéder au décryptage. L’entreprise a néanmoins permis de recenser 14 000 symboles hiéroglyphiques, dont 600 signes de bases répartis sur 28 tablettes.

UNE SOCIÉTÉ FACE À SON ÉCOSYSTÈME

Les moaï les plus grands et les plus raffinés sont en cours d’édification lorsque tout s’arrête brusquement, au XVIIe siècle. Les ahu sont abandonnés, et les statues renversées. Les pascuans semblent alors délaisser le culte des ancêtres pour se concentrer sur leurs guerres intestines. Des études récentes considèrent qu’une série de secousses sismiques pourraient également être à l’origine de ce bouleversement ou l’avoir accompagné. Des températures exceptionnellement froides ou des épisodes de sécheresse sur quelques décennies ont pu pousser les habitants de l’île à invoquer la clémence des dieux, ce qui expliquerait la frénésie de constructions de moaï peu avant les événements. La gestion des ressources, paramètre omniprésent dans l’histoire de l’île, doit également être prise en compte. En plusieurs siècles de présence, les autochtones ont détruit leur environnement, à commencer par les arbres qui recouvraient jadis toute la surface de l’île. Pour preuve, alors que la tradition funéraire pascuane privilégie la crémation – et nécessite donc du combustible -, des grottes funéraires dans lesquelles s’entassent des centaines de corps apparaissent. Un nouveau culte insulaire vénère des créatures humanoïdes à tête barbue, les « hommes-dauphins », sculptés sur des pierres du site d’Orongo. La place d’Anakena porte en outre les vestiges d’un véritable cimetière de dauphins. De là est née une réflexion : la raréfaction de l’animal, due à la chasse, aurait eu un impact tel sur l’environnement que les Pascuans auraient décidé de lui vouer un culte. Plus généralement, l’île de Pâques aurait-elle vécu ce que le monde vit actuellement ? Les partisans de cette théorie estiment probable qu’une hausse de la population couplée à une diminution des ressources et à un accroissement des inégalités soit à l’origine des violences et des destructions constatées.


Guillaume Lambert

Ingénieur logiciel de formation et amateur de mystères, de fantastique et d'aventures.

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