LES JARDINS SUSPENDUS DE BABYLONE (v. 600 av. J.-C.)

Jardins suspendus de Babylone

C’est aux Grecs de l’Antiquité que l’on doit la liste des Sept Merveilles du Monde, monuments historiques antiques qui témoignent de toute la puissance de ces grandes civilisations disparus. La Grande Pyramide de Gizeh est la seule merveille qu’il est encore possible d’admirer à ce jour. Cinq autres tombent en ruinent ou bien n’existent carrément plus : le phare d’Alexandrie, le colosse de Rhodes, le Mausolée d’Halicarnasse, le temple d’Artémis et puis la statue de Zeus à Olympie. Ces monuments ont tous été formellement localisé et ont livré leurs secrets suite à des fouilles archéologiques. Le dernier de la liste, les jardins suspendus de Babylone, est le plus méconnu de tous. Très peu de choses sont connues à son sujet et les sources documentaires fiables sont pratiquement inexistantes. Parmi les mystères à élucider on compte notamment son emplacement exacte, sa description et même s’ils ont réellement existé.

Les plus anciennes descriptions des jardins suspendus de Babylone datent de la période classique et sont attribuées à un prêtre babylonien et à divers autres auteurs, notamment Ctésias de Cnide, ayant vécu à cette époque. Ces écrits antiques parus sous le titre de « Babyloniaca » et « Persica » sont depuis longtemps disparus et il n’en reste aujourd’hui aucune trace. Si nous connaissons des parcelles de leurs contenus, c’est grâce aux récits d’écrivains grecs et romains du 1er siècle av. J.-C. qui ont cités ces ouvrages. Le géographe Strabon, dans son livre « Géographie », nous laisse la description suivante faite à partir d’auteurs grecs et qui laisse beaucoup de place à l’imagination :

« Le jardin est de forme quadrangulaire et chaque côté à 4 plèthres. Il consiste en arcs voûtés qui sont situés, l’un derrière l’autre, sur des soubassements cubiques en damier. Ces soubassements, qui sont évidés, sont recouverts d’une si grande quantité de terre, qu’ils peuvent recevoir les plus grands des arbres, car les soubassements eux-mêmes, les voûtes et les arcs, sont construits en brique crue et en bitume. L’ascension jusqu’au toit en terrasse le plus élevé, se fait par un escalier ; et le long de cet escalier, il y avait des vis d’Archimède, à travers lesquelles l’eau était continuellement acheminée vers le haut, dans le jardin, depuis l’Euphrate, par ceux qui étaient employés à cette tâche, car le fleuve, large d’un stade, coule au milieu de la ville ; et le jardin est sur la rive du fleuve. »

Il existe aussi quelques autres descriptions provenant de célèbre historiens comme Flavius Josèphe ou Diodore de Sicile qui à laisser une vague imagerie dans sa biographie d’Alexandre le Grand. Ces documents plus récent attribuent pour la plupart la création des jardins suspendus au roi de l’empire néo-babylonien Nabuchodonosor qui vécue quelques décennies avant la période classique. L’empire babylonien aurait à cette époque été marquée par une grande période de prospérité qui permis la construction de nombreux monuments tels que les remparts et les jardins suspendus de Babylone. L’histoire raconte que la femme du roi, Amyitis, ayant grandi dans les régions montagneuses, souffrait de mal du pays suite à son arrivée dans la pleine chaude et aride de Mésopotamie. Le roi Nabuchodonosor aurait fait construire d’immenses jardins afin d’apaiser son mal et lui rappeler les plantes et le paysage de son enfance. Il est cependant impossible de savoir si cette belle histoire romantique est vraie ou simplement une anecdote colorée permettant de compléter le puzzle.

ONT-ILS RÉELLEMENT EXISTÉ ?

De nombreuses choses semblent indiquer que ces jardins n’ont vraisemblablement jamais existé. Tout d’abord, l’archéologie moderne n’apporte aucun élément de réponse. Les campagnes de fouilles autour des palais de Babylone se comptent par dizaine et toujours aucunes traces des jardins. De plus, l’accessibilité au site de l’ancienne Babylone, qui se trouve en Irak, est très restreinte et ardue en raison de la guerre et limite les possibilités de fouille. Aussi, il est possible que la rivière de l’Euphrate qui autrefois coulait au milieu de la ville ait inondé les ruines et que les vestiges de ceux-ci se trouvent désormais au fond de l’eau. Des recherches effectuées sur une vaste surface de la cité antique ont mis à jour les remparts et le grand palais ; mais l’emplacement des jardins suspendus demeure un mystère. Il faut cependant garder à l’esprit que les recherches archéologiques, bien qu’il on couvert une large surface, sont loin d’être terminé.

Un autre argument en défaveur de l’existence de tels jardins dans la région de Babylone est qu’aucun texte de l’époque n’en fait mention. De nombreuses inscriptions ont été trouvé dans les fondations des monuments du roi Nabuchodonosor et ont a étudié une centaine de ces documents et aucun ne parle de jardins suspendus. Aussi, Hérodote, historien du Ve siècle av. J.-C. considéré comme le plus ancien de l’humanité, n’en fait nulle mention même s’il connaissait très bien la cité de Babylone pour y avoir lui-même vécu. Les auteurs grecs anciens sont également à prendre avec un grain de sel puisque ces derniers se basaient sur des descriptions orales qui sont fréquemment sans fondements. Il est possible que les remparts, beaucoup plus impressionnants à l’époque, aient supplanté l’existence des jardins suspendus. Ceci laisse croire que soit les récits et légendes reposent sur du vent, soit les fameux jardins suspendus de Babylone se trouvent en réalité ailleurs dans le pays. C’est d’ailleurs l’opinion de Stéphanie Dalley, universitaire d’Oxford, qui s’est grandement intéressé au sujet et qui croit que la dernière merveille du monde antique pourrait plutôt se trouvé à Ninive.

LE PALAIS DE SENNACHÉRIB À NINIVE

En décodant un prisme contenant de l’écriture cunéiforme découvert dans les ruines d’un palais du roi Sennachérib à Ninive, Stephanie Dalley y a décelé des mentions de palais aux abords surélevé. Il est aussi possible d’y lire une description provenant du roi lui-même :

« J’ai construit à côté du palais un jardin surélevé qui imite les chaînes de la Manus. Il est planté de toute sorte d’essences aromatiques, d’arbres fruitiers, d’arbres qui font la richesse des montagnes de Babylone ainsi que d’arbres qui donnent de l’haleine. »

La chercheuse a aussi étudié un bas-relief comme il est commun d’en rencontrer dans les palais de l’époque. Il est possible d’y voir des arbres qui semblent flotter dans les airs et des plantes qui surplombent des arches. On y voit aussi l’aqueduc de Jerwan, construit par le roi Sennachérib afin d’acheminer l’eau depuis les montagnes de Kinis, 100 km à travers le désert et jusqu’à la capitale de Ninive qui à son apogée était la plus grande ville du monde. Des gravures conservées au British Museum exhibent également un jardin en hauteur à Ninive. Il est possible d’y observer un roi assyrien entouré de treillages dont les vignes luxuriantes pendent autour de lui. Sennachérib semblait fasciner par les plantes et la nature. On peut facilement s’imaginer celui-ci se retirer dans la tranquillité d’un jardin d’agrément, entouré de plantes et d’eau ruisselante, afin de fuir la chaleur torride et se détendre pour oublier les tracas quotidien de sa cour. Cela n’est pas sans rappeler Aladin et les Milles et une nuit. Mais même s’il est bien connu que le conquérant avait un faible pour les jardins et qu’il possédait les techniques d’irrigations ainsi que la capacité, il n’existe toujours aucune preuve tangible qui prouve qu’il soit le créateur des jardins suspendus de Babylone. L’idée que l’on se fait d’un palais luxuriant où les arbres semblent suspendus dans les airs et où l’eau s’écoule en défiant les lois de la pesanteur est peut-être une métaphore permettant aux habitants d’échapper à la cruauté du désert de la Mésopotamie. Les jardins suspendus de Babylone sont-ils l’œuvre d’un roi désireux de montrer sa maîtrise de la nature ? Qui sait, l’histoire donnera peut-être raison à la chercheuse de l’université d’Oxford…

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