LE VAISSEAU FANTÔME DE LA MARY CÉLESTE

ARTICLE PAR GUILLAUME LAMBERT
PUBLIÉ LE 14 JANVIER 2018
La Mary Céleste

Naviguant sans équipage dans les eaux de l’océan Atlantique, à environ 650 km à l’est des Açores, le bateau fantôme de la Mary Céleste est retrouvé le 4 décembre 1872. Il n’y a aucun signe de vie à bord et certaines de ses voiles sont encore hissées. Trois semaines plus tôt, avec à son bord un cargo de 1 700 barils d’alcool brut devant être utilisés pour la production du vin, l’embarcation de 30 mètres de long avait levé les voiles en direction de Gênes, en Italie. Le vaisseau transportait dix voyageurs ; sept matelots d’expérience tous considérés comme des vieux loups de mer, le capitaine Benjamin Briggs, la femme de celui-ci ainsi que leur petite fille, un bambin de deux ans. Cette lugubre histoire, racontée à de nombreuses reprises, est l’un des plus grands mystères maritime de tous les temps et encore à ce jour, on n’ignore totalement ce qui est arrivé à l’équipage de la Mary Céleste.

Dans sa nouvelle parue en 1884 et baptiser la Déposition de J. Habakuk Jephson, l’écrivain Sir Arthur Conan Doyle a repris cette affaire en modifiant de nombreux détails, dont le nom du navire qu’il rebaptisa librement. Il y décrit notamment qu’on y a trouvé des repas à moitié mangés, que de la fumée de cigare flottait dans l’air, que les canots de sauvetages se trouvaient toujours à bord du brick-goélette mais que les gens avaient simplement disparus. Cette fiction, même si elle s’éloigne quelque peu de la réalité, suscite l’imagination du lecteur et lève un bon nombre d’hypothèses quant à savoir ce qui s’est réellement passé à bord de la Mary Céleste. Plusieurs individus ont tenté d’expliquer l’événement à l’aide d’indices et de témoignages recueilli auprès des personnes qui ont trouvé le navire dans le détroit de Gibraltar. À l’autre extrême, certains n’hésite pas une seconde a blâmé la présence d’extraterrestres sur la côte est de l’Atlantique. Les théories abondes ; il s’agirait de monstres marins, de pirates, de tremblements de terre sous-marins et même du triangle des Bermudes qui se trouve à l’autre bout de l’océan. Il est cependant impossible de confirmer ou d’infirmer chacune de ces hypothèses et elles sont donc toutes plausibles.

UN PEU D’HISTOIRE

C’est en 1860, en Nouvelle-Écosse au Canada, que fût construite la Mary Céleste tout d’abord baptisé l’Amazon. Suite à quelques accidents et au décès d’une pneumonie d’un des capitaines, le bateau est renommée la Mary Céleste. Quelques années plus tard, l’embarcation est vendue à un groupe d’hommes d’affaires de la région de New York qui souhaite l’utiliser pour faire le commerce du vin. Après en avoir fait l’acquisition, ces derniers réaménagèrent le navire avec un pont supplémentaire afin d’accueillir les barils d’alcool. Ces modifications ne semblent pas avoir dérangé le capitaine Briggs qui malgré cela, décida de prendre le large avec sa famille. Durant les années 1880, les navires à coque en bois comme la Mary Céleste ont rapidement cédé la place à des bateaux munis d’une coque en acier. Cela explique sans doute pourquoi, dans un souci de faire des économies, le voilier ne comptait qu’une seule petite embarcation à titre de canot de sauvetage. Autre fait étonnant, il semblerait que le capitaine ait emporté avec lui un seul chronomètre malgré qu’il est indispensable d’avoir l’heure exacte afin d’établir la position en latitude du navire. Les navigateurs avertis apportent généralement plusieurs chronomètres au cas où l’un de ceux-ci ne fonctionnerait pas correctement. Le capitaine Briggs, pour avoir navigué à maintes reprises dans les eaux tumultueuses de l’océan Atlantique, savait que le mois de novembre est particulièrement à risques pour les naufrages. Son journal de bord indique d’ailleurs que ce dernier a choisi un cap lui permettant d’éviter les pires intempéries. Il est possible qu’un chronomètre défectueux l’ait fait douter de sa position. Si l’on se fie à la dernière entrée du journal, le commandant a ordonné de quitter le navire le 25 novembre au petit matin. La veille, celui-ci avait étrangement décidé de changer de cap afin de passer au nord de Santa Maria, l’île la plus méridionale des Açores. La raison exact n’est pas connue. Ce n’est que dix jours plus tard qu’un groupe de marins du Dei Gratia ont repéré le bateau abandonné dérivant librement à l’est des Açores. Le garde-fou est enlevé d’un côté du pont et le canot de sauvetage ne s’y trouve plus. Certaines voiles sont déchirées et d’autres montées dans le sens contraire au vent. Une longue corde traîne derrière le bateau et le gréement est dans un état de délabrement avancé.

En montant à bord de la Mary Céleste, les matelots du Dei Gratia ont constatés que l’une des deux pompes d’assèchement avait été démontée. Comme l’eau s’infiltre continuellement dans les cales des navires à coque en bois, celle-ci doit être pompée régulièrement afin de maintenir la navigabilité de l’embarcation. Les pompes sont donc essentielles au bon fonctionnement de ce type de navire. La sonde de prélèvement indique cependant une quantité négligeable d’eau dans la cale. Tout semble avoir été abandonné à la hâte à l’exception du chronomètre, du sextant et des instruments de navigation. À première vue il semble que le voilier, toujours en état de naviguer, ait été subitement quitté suite à un événement inexplicable. Les marins qui l’ont trouvé n’ont eu aucun mal à le ramener à Gibraltar afin de réclamer les droits de sauvetage.

UNE FRAUDE ÉLABORÉE

L’état de la scène laisse tout d’abord croire qu’il s’agit d’un crime et c’est dans cette direction que s’oriente l’enquête préliminaire à Gibraltar. Le capitaine du Dei Gratia et celui de la Mary Céleste était de bons amis et les enquêteurs soupçonnent que ceux-ci ont possiblement élaboré une histoire afin de frauder les assurances. C’était chose commune à l’époque des navires à coque en bois et c’est d’ailleurs le sort qu’a connu la Mary Céleste en 1885 lorsqu’elle est volontairement échouée sur un récif au large d’Haïti. Cependant, il existe plusieurs arguments contre cette théorie. Tout d’abord les membres des deux équipages ont un passé sans taches. Aussi, il semble improbable que le capitaine Briggs aurait risqué la vie de sa famille s’il avait su d’avance qu’il aurait à abandonner le navire en plein milieu de l’océan. Les assureurs ont accusé l’équipage du Dei Gratia d’avoir liquidé tout le monde à bord de la Mary Céleste et d’avoir larguer les corps en haute mer afin de réclamer des droits de sauvetage. Aucune trace de violence n’a été décelée à bord de la Mary Céleste, ce qui exclut d’emblée une mutinerie. Plusieurs rumeurs, qui se sont avérées fausses, ont circulé à l’effet que l’on aurait trouvé une épée imbibée de sang dans la cabine du capitaine Briggs. Les enquêteurs ont finalement donnée le bénéfice du doute à l’équipage du Dei Gratia et ceux-ci se sont fait payer les droits de sauvetages à hauteur de un sixième de leur valeur.

FEU À BORD

En route vers Gênes, on s’est aperçu que certains barils d’alcool étaient vides lorsque l’on a voulu décharger ceux-ci. Or, il se trouve que les barils vident étaient fabriqués en chêne rouge d’Amérique, un bois plus poreux que le chêne blanc habituellement utilisé, ce qui aurait permis à l’alcool de ce vider pendant le trajet. Il se peut qu’en ouvrant les écoutilles de la cale, le capitaine ait senti les vapeurs d’alcool et, pris de panique, ordonner à tout le monde de monter dans le canot croyant que le bateau pouvait exploser à tout moment. En suivant cette hypothèse, le commandant aurait pu attacher le canot au navire en attendant que l’alcool s’évapore. La corde se serait ensuite briser sous l’effet d’un grand vent envoyant l’équipage du Mary Céleste à la dérive. La cale principale du navire a cependant été trouvé fermé ce qui tend à infirmer cette hypothèse. Seul deux petites écoutilles étaient ouvertes et ceux-ci ne mènent pas directement à la cale. Si le capitaine avait voulu attendre que l’alcool s’évapore, les marins du Dei Gratia auraient forcément trouvé la cale principale ouverte.

TROP D’EAU DANS LA CALE

Une troisième hypothèse suppose que le capitaine aurait pu mal lire les sondes de prélèvements et croire que le navire était rempli d’eau. Avec seulement une pompe fonctionnelle, il aurait pu en venir à la conclusion qu’il était en train de sombrer. L’embarcation transportait auparavant des cargaisons de charbons et il n’est pas impossible que des débris et de la poussière se soient accumulés dans les cales jusqu’au point de bouchés les pompes. Avec une mauvaise lecture et sans moyens de pomper l’excès d’eau, le capitaine a pu décider d’embarquer sa famille à bord du canot et se diriger vers Santa Maria qui se trouvait à proximité selon la position du navire notée dans le journal. Le canot surchargé de dix personnes se serait renverser ou aurait été submergé lorsque la mer s’est levé, emportant les voyageurs du Mary Céleste dans la mort.

CONJECTURES

Ces hypothèses ne sont toutefois que des conjectures sans fondements réels qui tentent d’expliquer et de donner un sens à un événement inexplicable. La seule chose qu’il est possible d’affirmer avec certitude est que la Mary Céleste a été abandonné non loin de Santa Maria et que les raisons qui ont poussé un marin aussi expérimenté que le capitaine Briggs à embarquer sa famille dans un canot au milieu de l’océan Atlantique sont inconnue. Le triste sort de l’équipage de la Mary Céleste restera, hélas, à jamais perdue en mer.

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