LA MORT DE TOUTANKHAMON

ARTICLE PAR GUILLAUME LAMBERT
PUBLIÉ LE 14 JANVIER 2018
Toutankhamon

Lorsque l’archéologue britannique Howard Carter a mis au jour en 1922 le tombeau de Toutankhamon, celui-ci a propulsé l’énigmatique pharaon de l’Égypte antique au rang de célébrité. La tombe de Toutankhamon a été découverte presque entièrement intacte, contrairement aux autres tombes connus de pharaons qui ont tous été pillées durant l’Antiquité. Plusieurs objets ont pu être récupérés dont notamment le masque funéraire du roi, fait d’or massif. Après avoir été la vedette de nombreuses expositions à travers le monde, ces précieuses antiquités sont maintenant résident permanent du musée égyptien du Caire. Malheureusement, la momie du roi égyptien n’a pas reçue une attention aussi particulière. Cette dernière a été largement endommagée par l’équipe de Carter qui était plus intéressée par les amulettes et les bijoux dissimuler dans les bandelettes et sur le corps. Il n’a donc pas été possible de déceler la cause du décès lors de l’autopsie.

En 1968, des radiographies effectuées sur le corps de Toutankhamon ont révélé deux fragments d’os à l’intérieur de la boîte crânienne ainsi qu’une tache sombre à la base du crâne. Cela a d’abord poussé les gens à croire qu’il avait sans doute été assassiné à l’aide d’un objet contondant par un rival souhaitant prendre sa place sur le trône. Parmi les successeurs potentiels à la couronne on note son principal conseiller à la cour royale, un dénommé Aÿ, ainsi que le chef de l’armée, Horemheb.

Le pharaon Toutankhamon n’a vécu que très brièvement, mort à seulement 18 ans. Il a vécu durant une période où s’opéraient de grands changements sociaux et religieux. C’est notamment durant cette période considérée comme extraordinaire que l’on s’est mis à vénéré Aton, dieu unique représenté par le symbole d’un disque solaire. Cette réforme religieuse a notamment entraîné la création d’une nouvelle capitale, la ville désertique d’Amarna. Akhénaton, initiateur de cette transformation, a voulu s’éloigner de l’ancienne capitale de Thèbes afin de pouvoir gouverner le pays sans l’intervention du clergé de l’ancienne religion.

Des analyses d’ADN ont montré qu’Akhénaton est le père de Toutankhamon et que ce dernier est né d’une union consanguine. Cela explique probablement pourquoi on a découverts de nombreux problèmes congénitaux sur le corps du défunt, en autre un bec-de-lièvre ainsi qu’un pied-bot, si l’on se fie à certains chercheurs. La tradition s’est perpétré pendant plusieurs génération puisque Toutankhamon à lui-même épousé sa demi-sœur, Ânkhésenamon. Tristement, l’exploration de la tombe du regretté a révélé la présence de deux corps momifiés de fillettes mort-nées que l’on attribue à cette alliance.

Toutankhamon n’était qu’un gamin de 8 ou 9 ans lorsq u’il fût introniser en tant que douzième souverain de la XVIIIe dynastie du Nouveau Royaume d’Égypte, vers 1 340 av. J.-C. Il succéda à Smenkhkarê, dont on ne sait presque rien sauf qu’il régna pendant 4 ans à Amarna après Akhénaton. Étant encore trop jeune pour comprendre toute l’ampleur de son pouvoir, le jeune pharaon était grandement conseillé par des membres de sa cour royale, dont Horemheb et Aÿ. C’est au cours de sa troisième année au trône que Toutankhamon mis fin à l’hérésie d’Akhénaton en restaurant l’ancienne religion. Le culte d’Aton ainsi que la ville d’Amarna furent abandonnées aux profits de Thèbes et des prêtres d’Amon. Ce moment historique est d’ailleurs confirmé par un changement dans le nom du pharaon : Toutânkhaton, qui signifie « l’image vivante d’Aton », est devenue Toutankhamon, « l’image vivante d’Amon ».

Stèle de restauration

La stèle de la restauration est la seule inscription substantielle que l’on a retrouvée et constitue le document majeur du règne de Toutankhamon. Ses hiéroglyphes décrivent l’état de ruine qui caractérisait l’Égypte avant la restauration de l’ancienne religion et comment le pays a repris la route de la prospérité. Une traduction d’un extrait, plus ou moins exacte, peut se lire ainsi :

« Cependant, Sa Majesté est apparue en qualité de roi, alors que les temples des dieux et des déesses, depuis Éléphantine jusqu’aux marais du Delta étaient sur le point de tomber en ruine, alors que leurs chapelles étaient sur le point de tomber en décrépitude, transformées en décombres gagnés par les buissons, alors que leurs sanctuaires étaient comme n’ayant jamais existé, leurs temples réduits en chemins de promenade. C’est dans le chaos que le pays se trouvait, les dieux, ils s’étaient détournés de ce pays. »

Certaines personnes ont tenté, après la mort du pharaon, d’effacer sa mémoire et celle de la période d’Amarna en remplaçant les cartouches d’effigies de Toutankhamon par ceux d’Horemheb. Ces tentatives ont toutefois échoué puisque le nom du sauveur est toujours lisible sur la stèle. Selon la croyance égyptienne, la mémoire d’une personne doit être commémorée afin que celle-ci puisse vivre dans l’au-delà. C’est à travers leurs constructions et leurs grandes actions que les pharaons de l’Égypte antique assurent leurs immortalités.

Suite à sa mort après dix années de règne, le jeune empereur fût enterré dans la Vallée des Rois. C’est dans cette région située sur la rive occidentale du Nil que repose la sépulture de nombreux pharaons du Nouvel Empire. Le tombeau, taillé dans la roche au fond de la vallée, est petit et mal localisé. Les fresques murales ne semblent pas avoir été effectuées avec le soin de l’époque et certains endroits ne sont même pas décorés. De plus, le sarcophage dans lequel on a placé le corps était destiné à quelqu’un d’autre puisqu’on a remplacé les inscriptions pour mettre le nom de Toutankhamon. Une énorme fissure est également visible sur le couvercle, malgré les tentatives bâclées de réparer celle-ci. Toutes ces informations laissent croire que l’on a rapidement voulu se débarrasser du pharaon. Les soupçons pointent vers Aÿ, son conseiller à la cour royale, qui devint souverain suite à la mort de Toutankhamon et est aussi celui qui a réglé les frais funéraires.

Seulement deux raisons permettent d’expliquer la mort subite et prématuré d’un jeune homme : soit il a été victime d’un assassinat, soit il est mort à la suite d’un accident. Dans le cas de Toutankhamon, toutes les suppositions se fondent sur l’état dans lequel on a trouvé son dernier lieu de repos. Il est envisageable que sa tombe était initialement supposée être provisoire mais que le transfert ne s’est jamais effectué vers une tombe plus grande pour une raison quelconque. Une hypothèse est qu’Aÿ, décédée 4 ans après Toutankhamon, ait décidé de gardé le grand tombeau pour lui.

Les radiographies montrant une tache sombre à l’arrière du crâne ne sont pas des preuves irréfutables d’un coup asséner à la tête et qui plus est si ce coup a été intentionnellement porter. Le processus d’embaumement implique de retirer le cerveau du crâne par les narines et de remplir celui-ci avec de la résine. Le point noir pourrait très bien correspondre à des résidus de résines. Quant aux fragments d’os, ils auraient pu être délogés lors du processus de momification ou durant la première autopsie.

Plusieurs observations, basées principalement sur les scans et l’analyse ADN, permettent de dégager quelques causes possibles de la mort de Toutankhamon. L’imagerie radiologique indique une fracture de la jambe quelque temps avant la mort de celui-ci et révèle aussi qu’une partie de sa cage thoracique et de son sternum sont absents. La raison qui explique ces trouvailles n’est pas connue et il est possible que ces parties aient été retirées après sa mort. Il est aussi possible que l’équipe d’excavation d’Howard Carter ait endommagé le corps dans l’affolement et ait passé l’événement sous silence. Une autre raison qui pourrait expliquer la mort du pharaon est qu’il avait contracté une forme sévère de malaria, commun sur le continent de l’Afrique et qui peut fréquemment se révélé fatale.

En analysant tous les éléments, on en conclue que Toutankhamon est probablement mort des suites d’un grave accident lui ayant broyé les côtes et la jambe. L’hippopotame vient rapidement en tête puisque cet animale très dangereux fait partie intégrante de la biocénose de la Mer Rouge et est souvent coupable d’attaque mortelle. Le jeune pharaon aurait pu tomber en chassant avant d’être piétiné par l’énorme bête. Ses blessures graves ont pu affaiblir son système déjà fragile de ses maladies congénitales et de son paludisme, causant ainsi sa perte. Ceci étant dit, le seul verdict sensé à lequel on peut arriver est que la cause de sa mort demeure toujours inexpliquée. La thèse du meurtre n’en demeure pas moins exclut même si en toute vraisemblance de fait elle est peu probable. On peut extrapoler qu’il a été poussé de son char tandis qu’un hippopotame arrivait en sens inverse. Même si Aÿ et Horemheb avaient toutes les deux un mobile pour souhaiter la mort du roi, il n’existe aucune preuve directe permettant d’impliquer les suspects dans un éventuel assassinat. Même avec près de 3 500 ans de recul et les technologies actuelles, il est impossible de fournir une réponse définitive à la mort de Toutankhamon, partie dans la fleur de l’âge.

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