LES MONOLITHES DE STONEHENGE

Les monolithes de Stonehenge

Par son aspect monumental et le mystère de son origine, le site de Stonehenge est le monument le plus populaire des îles Britanniques. Au terme de deux siècles d’investigations scientifiques tous azimuts, une certitude s’impose : les alignements de monolithes correspondent à des tracés astronomiques.

Les bâtisseurs de Stonehenge sont inconnus à ce jour. On sait avec certitude que les Celtes, qui ont témoigné peu de respect pour l’édifice, n’en sont pas à l’origine et qu’il s’agit encore moins d’un lieu cérémoniel druidique. Si les premières traces d’occupation remontent à - 3500, avec le « cursus » (un enclos de pierre long de 3 km), la construction de Stonehenge commence pendant la période néolithique (-2800 à -2100). Le premier site comporte une enceinte circulaire délimitée par un talus et un fossé – où a été découvert le squelette d’un homme portant un bracelet de pierre, des silex et des flèches, d’où son surnom d’ « Archer de Stonehenge

LES PREMIERS EXPLORATEURS DE STONEHENGE

John Aubrey, en 1640, énonce une première théorie sur l’utilité du site de Stonehenge : il s’agirait d’un édifice à vocation astronomique. Il note avec intérêt la présence d’un cercle de 56 cavités espacées l’une de l’autre de 5 m. Plus tard, l’écrivain Alan Butler s’appuiera sur cette découverte pour tenter de prouver l’existence d’un système de géométrie mégalithique à 366 degré ; en astronomie, ce système donnerait 166 méridiens quadrillant le globe, des « lignes de sel ». Une de ces lignes passerait justement par Stonehenge. Selon lui, les cavités, nommées depuis « trous d’Aubrey », seraient des emplacements de marqueurs permettant de calculer les mouvements astronomiques. Mais l’élément qui va concentrer les efforts des archéologues est la « Heel Stone », une pierre située au nord-est de l’enceinte néolithique. En 1740, William Stukeley observe qu’au moment du solstice d’été le centre de la pierre est partiellement illuminé par les premiers rayons, formant un « couloir solaire ». Fort de cette première certitude, Stukeley n’en remarque pas moins un écart d’alignement entre la « Heel Stone » et l’axe du Soleil. Cet écart pourrait correspondre aux variations de l’obliquité de l’écliptique (inclinaison de l’axe terrestre). Plus clairement, l’alignement du « couloir solaire » se serait naturellement « déréglé » depuis sa construction sous l’effet des mouvements du globe. En interprétant cet écart, il serait donc possible de dater le monument. De savants calculs ont accouché d’estimations diverses. En 1864, H. Broome avance la date de 977 av. J.-C., année du passage de l’étoile de Sirius au-dessus de l’ « Avenue » de Stonehenge, tandis qu’en 1909 Norman Lockyer propose la date de 1680 av. J.-C. Les archéologues finiront par s’accorder sur une période d’édification étalée entre 2800 et 1100 av. J.-C.

UN CALCULATEUR ASTRONOMIQUE ARCHAÏQUE

Le débat est relancé avec la publication en 1963 de Stonehenge Decoded, par Gerald Hawkins. Ses travaux ont consisté à établir des correspondances entre les caractéristiques architecturales du monument et la position estimées des axes des astres en 1500 av. J.-C. Les calculs, réalisés par ordinateur – une prouesse à l’époque -, ont mis en évidence 13 correspondances solaires et 11 correspondances lunaires. Selon Hawkins, Stonehenge aurait servi à prévoir les dates des éclipses. Il complète en outre l’interprétation des trous d’Aubrey : le déplacement de marqueurs d’un trou à l’autre permettrait également de prévoir les éclipses de Lune. La réaction de la communauté scientifique, méfiante face à l’introduction de nouvelles techniques, ne se fait pas attendre. Un an plus tard, l’archéologue Richard Atkinson livre une version contradictoire : l’alignement approximatif et la nature des trous d’Aubrey indiquent qu’il s’agit de cavités naturelles. Le fait que les « Station Stones » recouvrent certains de ces trous disqualifie la thèse de Hawkins. De plus, il estime que les connaissances astronomiques au IIe millénaire avant notre ère n’étaient pas assez avancées pour justifier l’utilisation d’un « calculateur » aussi élaboré. En 1965, l’astronome Peter Newham décèle la présence d’un alignement correspondant aux équinoxes (position du Soleil au zénith de l’équateur terrestre) entre une des « Station Stones » et un orifice situé à proximité de la « Heel Stone ». Il trouve une correspondance similaire entre deux « Station Stones » et l’axe de la Lune à son point le plus haut. Mais l’alignement des « Station Stones » entre elles paraît des plus subjectifs. De plus, ces mégalithes, attribués à la phase néolithique du site, pourraient en réalité avoir été édifiés à une date plus tardive, ce qui remettrait en cause leur fonction dans l’édifice originel.

UN OBSERVATOIRE DÉDIÉ AU SOLSTICE D’HIVER

L’historien Michael Postins a évoqué la possibilité que les cinq trilithes centraux (groupes de monolithes formant un portique) représentent les cinq planètes visibles à l’œil nu à certaines périodes de l’année. Les noms des planètes devaient selon lui être inscrits dans la pierre, indications effacées depuis par l’érosion. Les deux plus petits, alignés avec l’axe solaire, représenteraient Mercure et Vénus. Les trilithes de taille moyenne seraient Mars et Jupiter, placés sur l’axe lunaire, tandis que le plus imposant serait Saturne. C’est l’étude d’un site aux caractéristiques architecturales proches de Stonehenge qui va permettre d’effectuer l’avancée la plus significative. Newgrange, au nord de Dublin, en Irlande, est un large tumulus aménagé en chambre funéraire. Un long couloir fait pénétrer chaque année les rayons du Soleil dans la chambre – avec un précision déconcertante – lors du solstice d’hiver (jour le plus court de l’année). La symbolique est de réveiller l’âme des ancêtres pour permettre aux jours de s’écouler de nouveau et aux cultures de prospérer. Dès lors, les archéologues s’interrogent : l’exemple de Newgrange est-il transposable ? Près du mur de Durrington, à quelques kilomètres de Stonehenge, ont été retrouvés des ossements d’animaux abattus, selon les datations, en décembre ou janvier de l’année. A contrario, aucune preuve du même ordre ne permet d’évoquer une occupation estivale. La présence humaine aux abords du site mégalithique aurait donc pour objet l’observation et la célébration du solstice d’hiver. La raison est simple : au néolithique, l’hiver est crucial pour les communautés humaines, vivant essentiellement de l’agriculture. Les journées sont courtes, et l’activité du Soleil, permettant la germination des grains semés en début d’année, est autrement plus importante qu’en été.

LES VERTUS DES « PIERRES BLEUES »

Plus récemment, des théories fantaisistes se sont multipliées sur l’origine et le but des alignements de mégalithes de Stonehenge, répondant à l’engouement grandissant du grand public. Site sacrificiel païen, vestige d’une civilisation disparue, voire lieu de communication primitif entre humains et extraterrestres… Ce flot d’idées farfelues et sans fondement doit être balayé d’un revers de la main. Didier Laroche, un architecte et archéologue français, a considéré le problème de manière plus terre à terre : selon lui, le site ne serait qu’un tumulus funéraire semblable aux édifices courants en Grande-Bretagne aux IIe et Ier millénaires avant notre ère. L’édifice aurait eu la particularité de posséder une aire centrale délimitée par cinq trilithes et d’être recouvert d’une structure en bois. Quid de l’absence de sépultures ? Si seule la dépouille de l’« Archer » a été retrouvée à ce jour, les spécialistes estiment à 240 le nombre d’individus enterrés sur le site, ce qui renforcerait considérablement la thèse d’une vocation funéraire de Stonehenge. La longévité des matériaux est également un paramètre important à prendre en compte : les bâtisseurs de Stonehenge semblent avoir éprouvé le besoin de le rendre éternel, car des efforts considérables ont été faits pour faire venir les pierres bleues du sud-ouest du pays de Galles, vraisemblablement par bateau. Cependant, la réponse à l’énigme pourrait bien être liée à un certain mysticisme. En 2008, à la suite d’une campagne de fouilles, Timothy Darvill et Geoff Wainwright sont arrivés à la conclusion que Stonehenge était un grand sanctuaire religieux et thérapeutique, dédié aux vertus curatives prêtées aux pierres bleues. Leur conviction provient de la découverte de sépultures d’individus morts de maladies, dont un jeune homme inhumé avec des fragments de pierres bleues.

Enigmes
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