LE TRIANGLE DES BERMUDES

Le triangle des Bermudes - A.K.A le triangle maudit

Depuis 1800, un nombre considérable de navires et d’avions ont disparu entre l’archipel des Bermudes et la Floride. Intempéries, phénomènes géologiques ou paranormaux, enlèvements extraterrestres, ces versions plus ou moins plausibles se confrontent pour élucider le mystère du « triangle maudit ».

Le 5 décembre 1945 se produit la catastrophe la plus grave de l’histoire des États-Unis en matière d’appareils militaires. En fin de matinée, la patrouille 19, commandée par le lieutenant Taylor, part en mission d’entraînement entre la base de Fort Lauderdale, en Floride, et les Bermudes. En cours de vol, l’escadrille se déclare en difficulté. Les aviateurs, pour la plupart des vétérans de la Seconde Guerre mondiale, sont cernés par les nuages, perdent le contact visuel avec la terre. Les messages de détresse – « La mer est bizarre », « Nous entrons dans de l’eau blanche », « Mes compas sont hors d’usage » - lancés par le commandant d’escadrille laissent sans voix les opérateurs au sol. Le signal se fait de plus en plus faible puis s’évanouit. L’hydravion de récupération envoyé en soutien peu après le premier SOS manque lui aussi à l’appel. Les conditions météorologiques exécrables poussent à reporter les recherches au lendemain. Le 6 décembre, ce sont pas moins de 240 appareils en tous genres et une trentaine de navires de guerre qui participent à la plus grande opération de sauvetage jamais entreprise par l’US Navy. Mais les 6 avions et les 28 hommes d’équipages restent introuvables ; aucun débris de carlingue n’est retrouvé. L’événement ébranle l’opinion publique et dépasse le cadre du fait divers. Une fois l’émotion dissipée, la presse américaine établit un parallèle entre la disparition de la patrouille 19 et celle d’une multitude d’appareils et de navires dans la même zone. L’histoire fait tache d’huile et attise la curiosité du grand public. De nombreux romans, films, et œuvres artistiques s’en emparent, déformant la réalité pour forger la légende. Sur la carte, la « zone maudite » prend la forme d’un triangle reliant le sud de la Floride à Porto Rico et aux Bermudes…

L’IMAGINAIRE COLLECTIF S’EMPARE DES FAITS

En 1964, le prononce pour la première fois l’expression « triangle des Bermudes » ; il qualifie la zone de « cimetière maritime et aérien ». Les recherches historiques mettent en évidence un foisonnement insoupçonné de légendes et de récits focalisés sur cette région du globe depuis la première incursion de Christophe Colomb, en 1492. Une carte de 1550 baptise les Bermudes « île des Démons ». Le dramaturge William Shakespeare, dans la pièce La Tempête, évoque les « Bermudes aux éternelles tourmentes ». Au XIXe siècle, on établit un décompte impressionnant des navires disparus : les naufrages les plus retentissants sont ceux du bateau américain Pickering, en 1800, du trois-mâts français La Rosalie en 1814, de la goélette anglaise Bella en 1854, du trois-mâts suédois Lotta en 1866, du cargo espagnol Viego en 1868, du navire-école Atlanta en 1880 et de la goélette italienne Miramon en 1884. Tous ont pénétré dans le triangle des Bermudes et se sont volatilisés sans que jamais ni le bateau ni l’équipage ne soient retrouvés. L’utilisation des moyens de radiotransmission va épaissir encore un peu plus le mystère entourant les disparitions. En 1902, Le Freya, un trois-mâts allemand, disparaît au large des Bahamas par temps clément. En 1918, le charbonnier américain Cyclops subit le même sort ; comme dans la plupart des cas, aucun signal de détresse n’est émis, comme si le naufrage avait eu lieu brutalement. En 1925, on perd la trace du Raifuu Maru, un cargo japonais. Ce dernier a le temps d’envoyer un message de SOS pour le moins étrange : « Danger, poignard. Au secours ! Venez vite ! ». En 1983, le cargo anglais Anglo-Australian expédie un dernier message – « Temps idéal, tout va bien » - avant de sombrer corps et âmes.

BRÈCHE TEMPORELLE ET DISTORSION DU TEMPS

De 1945 à 1977, une cinquantaine de navires ont disparu dans le triangle des Bermudes. En 1974, un article du sérieux Los Angeles Times établit une liste des disparitions connues. L’histoire de la zone est impressionnante. Selon le journaliste Howard Rosenberg, plus de 190 navires et 80 avions auraient péri sans laisser de trace dans la même zone ; il prétend également que les garde-côtes américains ont répondu à près de 8 000 appels de détresse dans le secteur… Le triangle des Bermudes connaît un taux d’accidents bien supérieur à la moyenne. Les avions ne sont pas épargnés. En 1947, un Boeing B-29 Superfortress américain disparaît. Puis, le 30 janvier 1948, c’est au tour d’un quadrimoteur civil Star Tiger de se volatiliser près des Bermudes. Ses 33 passagers et 6 hommes d’équipage ne seront jamais retrouvés, pas plus que l’appareil. Le 28 décembre 1948, un DC-3 en provenance de Porto Rico connaît le même sort alors qu’il s’apprête à atterrir à Miami. Le 17 janvier 1949, un quadrimoteur faisant la liaison Kingston-Miami est porté disparu lui aussi. En 1949 survient un événement pour le moins intrigant. Les écrans de contrôle de l’aéroport de Miami perdent pendant quelques minutes l’écho d’un avion de la compagnie Eastern Airlines, en approche. Il réapparaît et atterrit sans encombre, mais on constate alors que les montres des passagers et les appareils de bord retardent de dix minutes. L’événement relance l’engouement pour les phénomènes ufologiques. Les spécialistes du paranormal s’enthousiasment à expliquer que la zone abrite une fracture de l’espace-temps, sorte de gouffre temporel précipitant navires et avions dans un monde parallèle. Dans les années 1980, le professeur Wayne Meshejian déclare publiquement que le satellite de la National Oceanographic Administration tombe en panne à chaque survol du triangle des Bermudes.

DES TENTATIVES D’EXPLICATIONS SCIENTIFIQUES

À chaque époque correspond sa vision de l’enfer marin. Au XIXe siècle, époque profondément marquée par les récits fantastiques de Jules Verne, on envisage qu’une horde de serpents de mer hante les profondeurs des Bermudes. Plus tard, au début du XXe siècle, des esprits imaginatifs croient dur comme fer que l’Atlantide se trouve sous ces latitudes. Les Atlantes, un peuple sous-marin vivant sous des cloches de verre, attireraient leurs victimes à l’aide d’une force mystérieuse, dans l’unique but de prélever des humains « terrestres » pour les étudier. La découverte près des Bahamas d’un alignement de blocs de pierre immergés ressemblant à des temples et à des murs couchés a relancé les passions au sujet de la mythique Atlantide. Pour les scientifiques qui se sont penchés sur le phénomène, l’explication est évidemment plus rationnelle. Le triangle des Bermudes serait l’épicentre de tremblements de terre sous-marins dégageant des forces colossales. Il en résulterait des raz de marée localisés mais très puissants, de surcroît indécelables le long des côtes. Pour d’autres, la zone abriterait une faille dans le champ magnétique terrestre, responsable des mêmes manifestations. La dernière version en date recueille la faveur d’une majorité de chercheurs et d’amateurs éclairés : des émissions massives de méthane (un gaz très inflammable) provenant des fonds marins modifieraient la densité de l’eau et entraîneraient une perte de flottabilité pour les bateaux. Ce gaz, présent en abondance, serait subitement libéré par les fissures créées par l’intense activité sismique. De telles « flatulences terrestres » engendreraient parfois d’immenses tourbillons aspirant tout ce qui se trouve à la surface. Les avions pris dans ces nuages de gaz pourraient en perdre le contrôle de leurs instruments de bord, et leurs moteurs tomber en panne.

LE « TRIANGLE MAUDIT », INVENTION MÉDIATIQUE ?

À partir de 1975, des contre-enquêtes ont tenté de démontrer les incohérences et le caractère exagéré des thèses véhiculées sur le triangle des Bermudes. La plus remarquable est celle de l’écrivain et pilote Lawrence David Kusche, qui a démontré que beaucoup d’affirmations au sujet de cette zone étaient erronées, déformées ou invérifiables. Tout d’abord, la région baptisée « triangle des Bermudes » est immense – près de huit fois la superficie de la France. Ce fameux triangle est par ailleurs l’un des carrefours maritimes les plus fréquentés au monde. En retrouvant les journaux de l’époque relatant les accidents et en recoupant les dates des faits avec les archives météorologiques, il a mis au jour d’importantes contradictions. Tout d’abord, il semble que le nombre de navires et d’appareils disparus ne soit pas là plus élevé qu’ailleurs en proportion du trafic. Certains bateaux présumés disparus sont en réalité rentrés au port sans que cela ait été reporté. D’autres disparitions n’ont même jamais eu lieu : ainsi des Bella, Rosalie, Viego et Miramon – ces trois derniers n’auraient en fait jamais existé. D’autres encore ont bel et bien sombré, mais dans des zones éloignées, tels le Freya, disparu dans l’océan Pacifique, et le Cyclops, sur la côte nord des États-Unis. L’Atlanta, voilier proche de la retraite, a bien coulé dans le triangle des Bermudes, mais l’accident était prévisible – surnommé « le Balancier », il était réputé instable. Quant aux disparitions d’avions, là encore, les rapports de transmissions présentés dans la presse ont été déformés pour amplifier le mystère. Kusche va jusqu’à remettre en cause le mythe fondateur, la catastrophe de la patrouille 19, qui serait due selon lui à une erreur de navigation du lieutenant Taylor, un pilote expérimenté mais peu habitué au climat versatile des Caraïbes.


Guillaume Lambert

Ingénieur logiciel de formation et amateur de mystères, de fantastique et d'aventures.

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