LA ZONE 51

La zone 51

En plein désert du Nevada, la zone militaire la plus secrète et la plus isolée au monde fascine. L’endroit, inhospitalier, attire à longueur d’année des flots de curieux en mal de vérité sur les extraterrestres. Au-delà du fantasme d’ufologues illuminés, quels secrets renferme vraiment la zone 51 ?

La zone 51 est une zone d’exclusion militaire comme il en existe des centaines aux États-Unis. Créée en 1941 sur la rive sud du lac Groom, non loin de la Vallée de la Mort (dans le sud du Nevada, au nord-ouest de Las Vegas), elle n’accueille d’abord qu’un terrain d’aviation auxiliaire de l’aérodrome de Las Vegas, destiné à l’entraînement au bombardement des pilotes de l’US Army. L’ « Indian Springs Airfield Auxiliary no.1 » accueille brièvement les manœuvres de l’École d’artillerie de Las Vegas avant la fermeture de celle-ci, après la guerre. En 1946, la CIA lance le projet Aquatone. Initié en pleine guerre froide, ce programme de développement d’un appareil de reconnaissance stratégique, le futur U-2, ne peut être mis en œuvre sur les bases d’expérimentation déjà connues des espions et satellites soviétiques. Le choix se porte sur la zone 51, un site discret et peu sensible qui a l’avantage d’être situé en pleine zone désertique. La base aérienne, baptisée « Watertown », devait être provisoire ; en l’espace de cinq ans, elle devient l’un des principaux centres d’essai et de développement de l’armée de l’air américaine. Après l’entrée en service opérationnel du U-2, elle accueille successivement les programmes A-12/SR-71, OXCART, D-21 puis F-117. En 1957, le Département pour l’énergie atomique amorce une série de tests nucléaires dans la zone proche de Yucca Flat. L’utilité de la zone 51 n’est pas clairement définie par les autorités – pas plus que son existence, qui ne sera officiellement reconnue par le gouvernement américain qu’en septembre 1995. Par la culture du secret qui l’entoure, Watertown éveille dès les années 1940 l’intérêt des spécialistes en ufologie, une discipline balbutiante mais en plein essor.

LE SITE LE PLUS PROTÉGÉ DES ÉTATS-UNIS

Tout ce qui se passe dans son enceinte est systématiquement classé au plus haut degré du secret défense. Les quelque 1 000 employés, militaires ou non, qui y travaillent sont transportés quotidiennement vers Las Vegas par une ligne aérienne militaire. Aucun déplacement par voie terrestre n’est toléré. Aux abords du terrain, de larges panneaux avertissent que les services de sécurité ont l’autorisation légale de tirer à vue sur tout visiteur extérieur. À l’intérieur de la base, la surveillance est drastique. La police militaire veille à ce que les employés n’aient accès qu’aux informations dont ils ont besoin pour travailler. Jusqu’à une date récente, la base n’apparaissait pas sur les cartes émises par le gouvernement américain, ni sur les images satellites disponibles sur Internet. En 2006, l’historien Dwayne A. Day mentionne un incident provoqué en 1974 par l’équipage de Skylab, première station orbitale habitée. Un mémorandum du directeur de la CIA de l’époque, William Cosby, indique que les astronautes ont par inadvertance photographié la zone du lac Groom, en dépit d’instructions claires : la zone 51 ne doit sous aucun prétexte être photographiée… L’État aurait donc quelque chose à cacher ? Cette supposition ouvre la porte à bien des spéculations. S’agit-il d’installations d’expérimentations de bouclier antimissile (SDI) promis en 1983 par le président Reagan ? D’appareils de téléportation et de voyage temporel ? De bâtiments servant à stocker et à étudier les ovnis capturés ainsi que leurs occupants ? D’un lieu de rencontres avec des civilisations extraterrestres ? Les plus extrémistes vont plus loin : la zone 51 abriterait un gouvernement mondial fantôme, voire l’organisation « Majestic 12 », un groupe de scientifiques, de politiciens et de militaires qui aurait été formé sur ordre du président Truman à la suite de l’incident de Roswell.

L’AFFAIRE ROSWELL, FANTASME OU RÉALITÉ ?

Dans les années 1970, une curieuse affaire qui a déjà défrayé la chronique en 1947 resurgit. Le 4 juillet 1947, William Brazel, propriétaire d’un ranch près de Roswell, avait découvert le site d’un crash. Le premier communiqué des militaires, faisant mention d’un « disque volant », a été immédiatement démenti. Par la suite, un second communiqué puis une conférence de presse ont tenté d’apporter la preuve, photos à l’appui, que les débris retrouvés appartenaient à un ballon météo. Ce n’est qu’à partir de la fin des années 1970 que des investigations poussées développent la thèse d’un crash d’ovni. Le premier livre publié sur le sujet en 1980, signé de Charles Berlitz et de William Moore, s’articule autour du témoignage d’un officier à la retraite, Jesse Marcel, arrivé parmi les premiers sur le lieu du crash. L’homme confie que les débris présentés lors de la conférence de presse ne ressemblaient en rien à ceux qu’il avait vus alors et se dit convaincu qu’il s’agissait d’un vaisseau spatial. En 1992, des documents supposés appartenir aux archives du groupe Majestic 12 paraissent dans la presse. Ils indiquent que huit extraterrestres, dont deux vivants, ont été récupérés sur le site de Roswell. Mais les documents s’avèrent être des faux. La multiplication des canulars et de fausses pistes commence à ébranler les certitudes des plus convaincus. En 1995, un film amateur relance l’affaire et lui procure une notoriété planétaire. Diffusé sur toutes les télévisions du monde, le document montre l’autopsie d’une créature humanoïde. La presse mondiale s’emballe ; médecins et anthropologues se relaient dans les médias pour expliquer que la structure organique du corps ne correspond à celle d’aucun être vivant sur terre. En 2007, la supercherie est enfin dévoilée : le film, réalisé avec de gros moyens techniques, met en scène un mannequin en latex rempli d’organes de mouton…

LES TÉMOINS DE LA CONSPIRATION

Pour les ufologues, le revers est cinglant, mais une majorité d’entre eux gardent l’intime conviction que la base militaire du lac Groom cache un complexe scientifique souterrain, le « secteur 4 » (S-4). Des traces d’atterrissages sur le lac asséché bordant l’aérodrome, visibles par satellite, accréditeraient selon eux la thèse d’une activité dissimulée. En 1989, un certain Bob Lazar déclare avoir travaillé dans le S-4, qu’il localise près du lac Papoose. Il certifie avoir participé à l’examen d’un vaisseau spatial récupéré par le gouvernement. En 1996, un documentaire, Dreamland, présente le témoignage d’un ingénieur en mécanique de 71 ans qui prétend avoir travaillé sur le modèle d’un vol d’un « disque volant » imitant celui d’un ovni capturé. Plus surprenant, il dit avoir été en contact avec un être humanoïde nommé « J-Rod », décrit comme un « traducteur télépathique ». En 2004, un microbiologiste, Dan Crain, déclare avoir été employé au clonage d’un virus extraterrestre dans la zone 51, au contact du même « J-Rod ». Ces quelques témoignages sensationnels occultent les centaines de versions opposées livrées par le personnel de la base. La majorité des hommes du 509e groupe de bombardement de l’US Air Force, basé à Roswell, n’a cessé de rejeter les allégations des ufologues, qualifiant d’absurdes ces histoires de « soucoupes volantes écrasées ». Les ingénieurs et pilotes ayant travaillé sur le programme d’avion espion OXCART décrivent un prototype à la forme atypique, large et aplatie pour accueillir un important réservoir de carburant. Son fuselage en titane réfléchit les rayons du soleil, si bien que dans la lumière crépusculaire il pouvait aisément évoquer un ovni. Rien d’étonnant, selon eux, à ce que ces appareils filant le plupart du temps à Mach 2 dans le ciel du Nevada aient été confondus avec des vaisseaux extraterrestres.

DES EXPLICATIONS OFFICIELLES INCOMPLÈTES

Dans son rapport officiel de 1955 sur l’incident de Roswell, le Département de la défense lève le voile sur le projet militaire Mogul. Il s’agit d’un réseau de ballons transportant des microphones et des émetteurs radioélectriques capables de détecter les tests nucléaires et les tirs de missiles balistiques soviétiques. En 1997, un autre document officiel, baptisé Rapport Roswell : affaire classée, confirme l’existence du projet Mogul. Il admet par ailleurs le parachutage de mannequins lors de programmes militaires dans les années 1950 ainsi que l’expérimentation de sondes martiennes circulaires en 1966, 1967 et 1972. Pour les autorités américaines, les témoins ont été victimes de « compression temporelle » ; en d’autres termes, ils auraient associé des événements certes inhabituels mais éloignés les uns des autres dans le temps. Le rapport discrédite les témoignages sur des cadavres non humains, faisant remarquer qu’ils n’ont surgi qu’à la fin des années 1970, soit plus de 30 ans après les faits présumés. Depuis le début des années 2000, les nouvelles enquêtes ont invariablement conclu à la non-existence d’une présence extraterrestre à Roswell. Nombre de sociologues et de psychologues ont réinterprété l’affaire sous l’angle de la construction collective d’un mythe. Néanmoins, de récents développements ont relancé les spéculations. En 2008, dans une interview donnée à Kerrang Radio, l’astronaute Edgar Mitchell, membre de la mission lunaire Apollo 14, déclare que le crash de Roswell a bien eu lieu et que les États-Unis ont exploité des technologies extraterrestres. En 2012, un ancien agent de la CIA, Chase Brandon, confie au journal Huffington Post avoir découvert dans les archives un dossier secret sur l’affaire Roswell avec des photographies attestant de la présence d’un « vaisseau qui ne venait pas de cette planète ».


Guillaume Lambert

Ingénieur logiciel de formation et amateur de mystères, de fantastique et d'aventures.

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